Hépatite B chronique : deux avancées scientifiques majeures rapprochent la guérison
Plus de 250 millions de personnes dans le monde vivent avec une hépatite B chronique.
Malgré l’existence d’un vaccin efficace depuis plusieurs décennies, l’hépatite B chronique reste l’une des infections virales les plus lourdes à porter au monde. Plus de 250 millions de personnes en sont atteintes, et chaque année, plus d’un million de patients succombent à ses complications — cirrhose, cancer du foie — faute de traitement curatif. Les antirétroviraux disponibles contrôlent la réplication du virus, mais ne l’éliminent pas, condamnant souvent les malades à une prise en charge à vie.
Des chercheurs de l’Institut Pasteur viennent de franchir deux étapes prometteuses vers ce qui pourrait devenir, un jour, une guérison fonctionnelle de la maladie.
Des anticorps pour neutraliser le virus sur deux fronts
La première avancée repose sur une stratégie immunologique. L’équipe a isolé, chez des patients ayant naturellement contrôlé l’infection, des anticorps monoclonaux humains capables de cibler l’antigène de surface du virus de l’hépatite B (HBsAg) — la protéine clé que le virus utilise pour pénétrer les cellules.
Deux familles d’anticorps ont particulièrement retenu l’attention : les anticorps anti-S, très efficaces pour neutraliser le virus en laboratoire, et les anticorps anti-preS2, moins redoutables in vitro, mais dotés d’une activité antivirale notable chez l’animal, probablement grâce à des mécanismes immunitaires complémentaires.
Administrés en combinaison chez des souris porteuses du VHB, ces deux types d’anticorps ont produit des effets additifs remarquables : une réduction importante et durable de la charge virale et de la quantité d’antigènes en circulation. Une piste sérieuse pour développer une immunothérapie ciblée capable de restaurer les défenses immunitaires des patients chroniquement infectés.
Un nouveau médicament qui réveille le système immunitaire
La deuxième avancée concerne un composé encore en phase d’essais cliniques : le pévisforsvir (ALG-000184). Ce modulateur de capside agit en perturbant l’assemblage de l’enveloppe interne du virus, indispensable à sa reproduction.
Les résultats obtenus dans un modèle animal d’infection chronique sont frappants. Le traitement entraîne la disparition du virus dans le sang et de l’antigène de surface HBsAg, une amélioration des lésions hépatiques, et l’apparition d’anticorps protecteurs. Plus significatif encore, le foie se repeuple en cellules immunitaires actives — cellules NK cytotoxiques et lymphocytes T mémoires — capables de reconnaître et d’attaquer spécifiquement le virus.
Ce qui distingue cette molécule : son effet ne s’arrête pas avec le traitement. Après arrêt du médicament, la moitié des animaux maintient spontanément le contrôle de l’infection, grâce à la réactivation de leur propre immunité. Un signal fort en faveur d’une guérison fonctionnelle durable — l’objectif ultime dans cette maladie.
Vers une nouvelle ère thérapeutique ?
Ces deux approches — immunothérapie par anticorps neutralisants combinés et modulation de capside — convergent vers une même ambition : ne plus seulement bloquer le virus, mais apprendre au système immunitaire à le contrôler durablement, voire définitivement.
Les résultats restent à confirmer dans des essais cliniques chez l’homme. Mais pour les 250 millions de personnes qui vivent avec une hépatite B chronique, ils représentent un tournant dans la recherche d’une issue thérapeutique que les traitements actuels ne permettaient pas d’envisager.
