ActuSanté Hebdo: Le résumé de la semaine médicale et pharmaceutique

Au Maroc 

Akdital fait marche arrière devant la pression des 17.000 médecins mobilisés

Le groupe Akdital a officiellement retiré son projet de création de centres de diagnostic de proximité suite à une forte opposition des médecins libéraux marocains.

Cette décision a été communiquée le 20 novembre 2025 par le PDG Rochdi Talib, qui justifie ce retrait par la volonté de préserver l’unité du corps médical et de maintenir des relations professionnelles basées sur la confiance et la complémentarité.

Le projet avait déclenché une mobilisation sans précédent de la part des syndicats médicaux, qui redoutaient une concurrence déséquilibrée et une déstabilisation de l’organisation actuelle des soins. Les praticiens libéraux craignaient notamment que l’arrivée d’un acteur privé de cette envergure ne fragilise leur écosystème économique et ne crée des inégalités concurrentielles.

Face à cette opposition, une large coalition syndicale s’était constituée, regroupant le Collège syndical national des médecins spécialistes privés, le Syndicat national des médecins du secteur libéral, le Syndicat national des médecins généralistes et l’Association nationale des cliniques privées. Cette coordination, représentant environ 17.000 médecins libéraux sur plus de 32.000 praticiens au Maroc, avait saisi plusieurs instances réglementaires, dont le Conseil de la concurrence, le ministère de la Santé, la Haute Autorité de santé et le Conseil national de l’Ordre des médecins.

Le retrait du dossier apaise temporairement les tensions, mais laisse ouverte la question d’un éventuel nouveau projet, mieux concerté avec les représentants de la profession, ou d’un abandon définitif de ce type de développement par Akdital. Cette affaire illustre les défis de régulation du marché privé de la santé et l’équilibre délicat entre investissements privés et préservation de l’exercice libéral de la médecine.


A l’international :

Politique des prix et souveraineté sanitaire : l’Europe en alerte

L’industrie pharmaceutique européenne tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Selon Pascal Soriot, PDG d’AstraZeneca, l’Europe risque de perdre sa souveraineté sanitaire si les pays du continent continuent à rembourser les médicaments à des niveaux trop bas.
Cette politique pousserait les investissements vers des zones plus attractives comme les États-Unis ou la Chine, où les prix permettent un retour plus rapide sur la R&D pharmaceutique.

Plusieurs signaux vont dans le même sens : multiplication des pénuries, ralentissement de l’innovation et baisse du nombre d’usines stratégiques sur le territoire européen.

Face à cette situation, des acteurs comme Teva, EuroAPI et d’autres appellent à une stratégie industrielle européenne forte, avec relocalisation de la production, soutien à l’innovation et révision des politiques tarifaires.
Sans cela, les Européens pourraient, à moyen terme, se retrouver dépendants pour les médicaments critiques.


Prix des médicaments : une pression tarifaire mondiale croissante

Les prix des médicaments sont au cœur des débats des deux côtés de l’Atlantique. Aux États-Unis, plusieurs laboratoires négocient désormais directement avec Medicare, la mutuelle publique américaine, pour fixer des tarifs plus bas, notamment pour les traitements anticancéreux ou métaboliques.

De son côté, l’Europe reste dans une logique inverse : prix très encadrés, mais au risque de freiner la capacité d’investissement et d’innovation des laboratoires. AstraZeneca souligne que certains pays européens n’ont plus les moyens d’acheter les dernières molécules issues des thérapies ciblées ou de l’immuno-oncologie.

À cela s’ajoutent des États, comme l’Allemagne ou la France, confrontés à une hausse de la demande, à des budgets de santé contraints et à un vieillissement rapide de la population.

Dans ce contexte, la question centrale devient : comment faire baisser les prix pour les patients sans mettre en danger la capacité d’innovation du secteur pharmaceutique mondial ?


Un essai clinique montre l’efficacité d’un traitement antipaludique en dose unique

L’une des informations scientifiques marquantes de la semaine vient du Gabon, où un essai clinique de phase III a montré qu’un traitement antipaludique en dose unique est aussi efficace que les protocoles traditionnels nécessitant plusieurs prises.

Cette avancée est jugée majeure pour la lutte contre le paludisme, une maladie qui touche encore plus de 240 millions de personnes par an dans le monde, selon l’OMS.
L’administration unique présente plusieurs avantages :

  • meilleure observance des patients,
  • simplification logistique,
  • prévention des abandons en cours de traitement,
  • gain de temps et de ressources pour les systèmes de santé.

Si le traitement est validé par les autorités, il pourrait devenir un tournant dans les stratégies thérapeutiques, notamment en Afrique subsaharienne, où la maladie demeure l’une des premières causes de mortalité infectieuse.


Novo Nordisk baisse les prix des traitements anti-obésité GLP-1

Face à la concurrence croissante d’Eli Lilly et à la pression politique sur les prix aux États-Unis, Novo Nordisk a annoncé une baisse significative du prix de lancement de ses traitements GLP-1, dont Wegovy et Ozempic.

Les premières doses “self-pay”, hors assurance, seront proposées à 199 dollars, avant un tarif mensuel standard d’environ 349 dollars.
Cette décision intervient quelques semaines après un accord passé avec Medicare, destiné à améliorer l’accès financier aux traitements anti-obésité et antidiabétiques.

Le marché des GLP-1 connaît une explosion mondiale, dopé par la demande et l’efficacité clinique démontrée sur la perte de poids et le contrôle glycémique.

Cependant, cette guerre des prix pourrait modifier le modèle économique du secteur et pousser les laboratoires à investir encore davantage dans la R&D pour rester compétitifs, tout en préservant leurs marges