Aliments ultra-transformés : un facteur de risque possible de lésions précancéreuses du côlon chez les jeunes femmes
La place croissante des aliments ultra-transformés dans l’alimentation moderne pourrait contribuer à l’augmentation des cancers colorectaux diagnostiqués avant 50 ans. Une étude de cohorte menée auprès de plus de 29 000 femmes montre qu’une consommation élevée de ces produits est associée à une augmentation significative du risque d’adénomes colorectaux, des lésions considérées comme des précurseurs du cancer.
Une augmentation du risque d’adénomes
Les chercheurs se sont appuyés sur les données de la Nurses’ Health Study II, une vaste cohorte américaine de professionnelles de santé suivies pendant plus de deux décennies (1991-2015). Au total, 29 105 participantes ont été incluses dans l’analyse. Leur consommation alimentaire a été évaluée tous les quatre ans à l’aide de questionnaires détaillés.
Les aliments ont été classés selon la classification Nova, qui distingue les produits en fonction de leur degré de transformation industrielle. Les aliments ultra-transformés (AUT) comprennent notamment les plats industriels prêts à consommer, certaines céréales raffinées, les snacks salés ou sucrés, les sodas et de nombreux produits contenant additifs et ingrédients fortement modifiés.
Chez les participantes ayant réalisé au moins une exploration endoscopique avant l’âge de 50 ans, les chercheurs ont identifié 1 189 adénomes conventionnels et 1 598 polypes dentelés.
Les résultats montrent que les femmes consommant le plus d’aliments ultra-transformés (plus de 10 portions par jour) présentent un risque d’adénomes supérieur de 45 % par rapport à celles qui en consomment le moins (moins de 3 portions quotidiennes). En revanche, aucune association significative n’a été observée avec les polypes dentelés.
Le sur-risque concernait surtout les adénomes situés dans la partie distale du côlon et dans le rectum, une localisation fréquemment observée dans les cancers colorectaux précoces.
Des résultats indépendants d’autres facteurs alimentaires
Cette association persistait après prise en compte de plusieurs facteurs susceptibles d’influencer le risque de cancer colorectal, notamment :
- l’indice de masse corporelle,
- la présence d’un diabète de type 2,
- l’apport en fibres, folates, calcium ou vitamine D,
- la qualité globale de l’alimentation évaluée par l’indice AHEI-2010.
Les participantes consommaient en moyenne 5,7 portions d’aliments ultra-transformés par jour, ce qui représentait près de 35 % de leurs apports caloriques.
Une consommation en forte progression
Le concept d’aliments ultra-transformés a été proposé en 2009 par le chercheur brésilien Carlos Monteiro. Il désigne des produits résultant de procédés industriels complexes et contenant souvent des ingrédients peu utilisés en cuisine domestique : sirop de glucose-fructose, huiles hydrogénées, amidons modifiés ou divers additifs destinés à améliorer la texture, la conservation ou le goût.
Dans les pays à revenu élevé, ces produits représentent aujourd’hui entre 35 % et 60 % des apports alimentaires. Leur consommation augmente également rapidement dans les pays à revenu intermédiaire.
De nombreuses études ont déjà associé ces aliments à plusieurs pathologies chroniques, notamment l’obésité, le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires.
Un possible rôle dans les cancers colorectaux précoces
Depuis le début des années 2000, les spécialistes observent une augmentation mondiale des cancers colorectaux diagnostiqués avant 50 ans, qui représentent désormais environ un cas sur sept.
Les mécanismes expliquant cette tendance restent mal compris, mais plusieurs hypothèses ont été avancées. Les aliments ultra-transformés pourraient agir via :
- des additifs susceptibles de perturber le microbiote intestinal,
- une alimentation riche en sucres et graisses transformées,
- la formation de composés pro-inflammatoires lors des procédés industriels,
- ou encore l’exposition à certains contaminants provenant des emballages plastiques.
Une méta-analyse regroupant plus d’un million de participants avait déjà montré que les consommateurs les plus importants d’aliments ultra-transformés présentent un risque accru de cancer colorectal, de l’ordre de 10 à 15 %.
Quelles implications pour la prévention ?
Les auteurs de l’étude soulignent que les adénomes colorectaux constituent les principales lésions précurseurs du cancer colorectal. Leur association avec une consommation élevée d’aliments ultra-transformés suggère donc un rôle possible de ces produits dans les premières étapes de la carcinogenèse.
Toutefois, les chercheurs rappellent que les données reposent principalement sur des études observationnelles et qu’elles ne permettent pas d’établir un lien de causalité formel.
Sur le plan nutritionnel, les recommandations actuelles restent d’actualité : privilégier les aliments peu transformés et riches en fibres — fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes et poisson — tout en limitant la consommation de produits industriels fortement transformés.
Ces mesures, associées à l’activité physique et au dépistage du cancer colorectal chez les populations à risque, pourraient contribuer à freiner l’augmentation préoccupante des cancers colorectaux précoces.
