Cigarette électronique : moins nocive que le tabac, mais pas sans danger
La cigarette électronique s’est imposée en une décennie dans le paysage français. En 2023, 8,3 % des adultes de 18 à 75 ans déclaraient l’utiliser, dont 6,1 % quotidiennement. Face à cette progression continue, l’Anses a publié un avis détaillé évaluant les risques sanitaires associés aux produits du vapotage.
Saisie en 2023, l’agence a combiné une analyse des effets sanitaires (respiratoires, cardiovasculaires, cancérogènes et effets sur la descendance) à une évaluation quantitative des risques liés aux aldéhydes présents dans les aérosols inhalés.
Son constat est nuancé : le vapotage expose à des risques réels, mais d’ampleur inférieure à ceux du tabagisme.
Risque cardiovasculaire : un signal à ne pas ignorer
L’Anses estime probable l’altération de la fonction endothéliale en présence de nicotine. Des hausses de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque sont également jugées probables.
Concernant l’infarctus du myocarde, la survenue d’événements cardiovasculaires est considérée comme possible, mais le niveau de preuve reste insuffisant pour établir un lien direct avec l’hypertension artérielle chronique.
Atteintes respiratoires : des données encore limitées
Certaines études observent une association entre vapotage quotidien et bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Toutefois, ces travaux présentent des limites méthodologiques importantes : antécédents tabagiques mal documentés et durée d’exposition souvent inférieure à cinq ans.
En l’état, le niveau de preuve concernant la BPCO est qualifié de possible, mais non confirmé.
Cancer : pas de tumeurs observées, mais des signaux biologiques
Aucune étude clinique n’a démontré l’apparition de cancers chez les vapoteurs. En revanche, des travaux expérimentaux, notamment chez l’animal, mettent en évidence des modifications biologiques compatibles avec les premières étapes de la cancérogenèse.
Autrement dit, aucun cancer documenté à ce jour, mais des mécanismes précoces qui appellent à la vigilance.
Grossesse : prudence maximale
Les données animales suggèrent que l’exposition in utero pourrait entraîner des effets délétères cardiovasculaires et respiratoires chez la descendance, ainsi que des altérations morphologiques pulmonaires.
En pratique, l’agence recommande clairement de privilégier l’arrêt complet du tabac avec accompagnement médical et traitements nicotiniques validés, sans recours à la cigarette électronique pendant la grossesse.
Aldéhydes : une réduction majeure par rapport au tabac, mais pas un risque nul
L’évaluation quantitative des risques s’est concentrée sur six aldéhydes :
acétaldéhyde, acroléine, formaldéhyde, furfural, glyoxal et propionaldéhyde.
Comparée à la cigarette fumée, la cigarette électronique réduit l’exposition à ces composés de 80 à près de 100 %.
Cependant, le risque ne disparaît pas totalement :
- 5 % des utilisateurs pourraient être exposés à un risque non exclu pour l’acétaldéhyde
- 10 à 20 % pour le formaldéhyde, l’acroléine et le furfural
- près de 100 % pour le propionaldéhyde et le glyoxal
À l’inverse, pour la cigarette classique, le risque lié aux aldéhydes n’est jamais exclu, quelle que soit la situation d’exposition.
Une hiérarchie claire des risques
Conclusion centrale de l’Anses :
les niveaux de preuve des effets sanitaires liés au vapotage restent systématiquement inférieurs à ceux établis pour le tabagisme.
Autrement dit, la cigarette électronique n’est pas anodine, mais elle apparaît moins nocive que la cigarette fumée.
Recommandations : réduction des risques, mais objectif arrêt
Pour les professionnels de santé
Être informés des risques afin d’évaluer la place éventuelle du vapotage dans une stratégie d’arrêt du tabac, avec un objectif clair : l’arrêt ultérieur de la cigarette électronique.
Pour les non-fumeurs
Ne jamais commencer, ni la cigarette ni le vapotage.
Pour les fumeurs
L’arrêt complet reste la priorité.
En cas de difficulté, la cigarette électronique peut être envisagée comme outil transitoire de réduction des risques, à condition de ne pas maintenir un double usage (tabac + vapotage).
