Des chercheurs français identifient les marqueurs neurologiques du « blanc mental »

Une équipe de recherche franco-australienne de l’Institut du cerveau (ICM) vient de faire une découverte importante sur le phénomène du « blanc mental », cette expérience durant laquelle notre esprit semble complètement vide. Les scientifiques ont identifié des marqueurs neurologiques spécifiques à cet état, prouvant qu’il s’agit d’un phénomène cérébral bien réel et distinct.

Qu’est-ce que le blanc mental ?

Le blanc mental, appelé « mind blanking » en anglais, désigne une absence totale de contenu mental. Aucune image, aucune pensée, aucune musique dans la tête… le vide complet. Selon le Dr Esteban Munoz-Musat, neurologue et ancien doctorant à l’Institut du cerveau, cette expérience est fréquemment recherchée par les pratiquants de méditation et de pleine conscience.

Mais ce phénomène ne leur est pas réservé. Il survient souvent après un effort intellectuel intense et prolongé, comme après un examen important, ou en cas de manque de sommeil. Le blanc mental peut être spontané ou intentionnel.

Les chercheurs soulignent que le blanc mental fait partie des symptômes observés dans certaines pathologies psychiatriques, notamment le trouble anxieux généralisé. Il semble également plus fréquent chez les personnes atteintes de TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). Mieux comprendre ce phénomène pourrait donc aider à mieux cerner ces troubles.

Une étude scientifique rigoureuse

Pour mener leurs travaux, publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, les chercheurs ont recruté 62 volontaires en bonne santé. Ces participants ont réalisé des exercices cognitifs longs et répétitifs visant à suivre les variations de leur attention.

Pendant ces tâches, leur activité cérébrale était enregistrée par électroencéphalographie à haute densité, une technique permettant de mesurer précisément l’activité électrique du cerveau. Leur comportement était également surveillé de près.

Des résultats surprenants

Lorsque les participants vivaient des épisodes de blanc mental, les scientifiques ont observé plusieurs phénomènes notables :

  • Une diminution de la connectivité entre différentes régions cérébrales éloignées
  • Une perturbation du traitement des informations visuelles, particulièrement dans la phase tardive du traitement (entre 250 et 300 millisecondes après le stimulus)
  • Un état de légère somnolence chez les participants
  • Des temps de réaction plus lents et davantage d’erreurs

Ces observations suggèrent que durant un blanc mental, les personnes ont un accès réduit aux informations sensorielles provenant de leur environnement.

Être éveillé ne signifie pas être conscient

Thomas Andrillon, chercheur Inserm en neurosciences et dernier auteur de l’étude, explique que ces résultats appuient une idée émergente : être éveillé ne signifie pas nécessairement être conscient de quelque chose. Le blanc mental correspond à une véritable interruption du flux de pensées.

Selon le chercheur, il s’agirait d’un événement extrêmement fréquent, durant lequel certaines régions du cerveau entrent dans une forme de sommeil. Les scientifiques estiment que le blanc mental représente entre 5 et 20% du temps d’éveil selon les individus.

Trois états mentaux bien distincts

L’étude démontre également que le blanc mental se distingue clairement de deux autres états mentaux sur le plan neurophysiologique :

  1. La concentration intense sur une tâche (état « on-task »)
  2. Le vagabondage mental (mind wandering), durant lequel l’esprit se déconnecte de l’environnement immédiat pour se concentrer sur des pensées sans rapport avec la situation présente

Une nouvelle vision de la conscience

Le Pr Lionel Naccache, neurologue à la Sorbonne Université et à l’AP-HP, souligne que ces résultats suggèrent une nouvelle compréhension de notre conscience. Plutôt qu’un film mental continu, notre flux de conscience ressemblerait davantage à une mosaïque d’états discrets.

Perspectives d’avenir

Cette découverte ouvre des perspectives prometteuses. Mieux décrire le phénomène du blanc mental pourrait enrichir la compréhension de nos expériences subjectives. De futures recherches détermineront si ce phénomène pourrait être utilisé dans la description clinique de certains troubles neurologiques ou psychiatriques.

Surtout, cette avancée ouvre la porte à une meilleure connaissance de la conscience et de l’attention, deux aspects fondamentaux du fonctionnement de notre cerveau.


Source : Institut du cerveau (ICM) – Étude publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences