Myocardite aiguë : les recommandations européennes redéfinissent la prise en charge
La stratégie diagnostique et thérapeutique de la myocardite aiguë évolue. Les nouvelles recommandations européennes publiées en 2025 apportent plusieurs changements majeurs : recours élargi à l’IRM cardiaque pour le diagnostic, place plus limitée de la biopsie myocardique et réévaluation du rôle des corticoïdes dans les formes sévères.
Lors des Journées européennes de la Société française de cardiologie (JESFC 2026), le Dr Guillaume Schurtz, cardiologue à l’Institut Cœur-Poumon du CHU de Lille, a présenté les principaux changements dans la prise en charge de cette inflammation du muscle cardiaque.
L’IRM devient l’examen clé
La myocardite est une inflammation du myocarde, le plus souvent déclenchée par une infection virale. Elle peut se manifester par des douleurs thoraciques, un essoufflement, des palpitations ou encore une fatigue importante. Dans les cas les plus graves, elle peut évoluer vers une insuffisance cardiaque ou provoquer une mort subite.
Les recommandations européennes récentes placent désormais l’imagerie par résonance magnétique cardiaque au centre du diagnostic. Cet examen permet d’identifier les signes d’inflammation du muscle cardiaque et de confirmer l’atteinte myocardique.
Pendant longtemps, la biopsie endomyocardique était considérée comme l’examen de référence. Cette approche invasive n’est désormais plus systématique. Elle est aujourd’hui réservée aux situations à haut risque, notamment en cas de myocardite fulminante ou de détérioration rapide de la fonction cardiaque.
Écarter d’abord un infarctus
Chez un patient admis pour douleur thoracique et suspicion de myocardite, la première étape consiste à éliminer une origine coronarienne. Un syndrome coronaire aigu doit en effet être exclu par des examens comme le scanner coronaire ou la coronarographie avant de poser le diagnostic de myocardite.
Une fois celui-ci confirmé par IRM, la prise en charge dépend du profil clinique du patient.
Dans environ trois quarts des cas, les patients présentent une forme peu sévère avec une fonction cardiaque préservée. Les autres peuvent développer une insuffisance cardiaque ou, plus rarement, un choc cardiogénique, qui nécessite alors une prise en charge dans un centre spécialisé.
Une place réévaluée pour les corticoïdes
La question du traitement par corticoïdes a longtemps suscité des débats. Historiquement, leur utilisation était déconseillée par crainte de favoriser la réplication virale responsable de l’inflammation myocardique.
Cependant, des données plus récentes ont remis en question cette prudence excessive. Selon le Dr Schurtz, les formes graves de myocardite répondent généralement bien à une corticothérapie.
Les craintes initiales reposaient notamment sur d’anciens travaux expérimentaux réalisés chez l’animal, dans lesquels l’administration de corticoïdes à très fortes doses avait aggravé l’inflammation. Les doses utilisées dans ces modèles étaient toutefois largement supérieures à celles prescrites en pratique clinique.
Aujourd’hui, les recommandations européennes autorisent l’utilisation de corticoïdes dans certaines situations, notamment les myocardites sévères, celles associées à une dysfonction ventriculaire gauche ou encore la myocardite à cellules géantes, une forme rare probablement d’origine auto-immune.
Des anti-inflammatoires parfois possibles
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens ont eux aussi longtemps été évités dans cette pathologie. Les données disponibles suggèrent désormais qu’ils ne majorent pas le risque d’aggravation dans les formes peu sévères.
Chez les patients à bas risque, l’aspirine ou la colchicine peuvent ainsi être utilisées pour soulager les douleurs thoraciques, sauf dans certaines formes virales particulières, notamment celles liées aux entérovirus.
L’assistance circulatoire en cas de choc cardiogénique
Dans les formes les plus graves, lorsque la myocardite entraîne une défaillance circulatoire majeure, les traitements médicamenteux classiques comme les agents inotropes montrent leurs limites.
Dans ces situations, la priorité est souvent de recourir à une assistance circulatoire mécanique temporaire. L’ECMO veino-artérielle (oxygénation par membrane extracorporelle) permet de suppléer temporairement la fonction cardiaque et de stabiliser le patient en attendant la récupération du myocarde.
Une maladie rare mais potentiellement grave
Même si la myocardite reste une pathologie relativement rare, elle représente une cause non négligeable de douleurs thoraciques aux urgences. On estime qu’environ 3 % des patients consultant pour ce symptôme pourraient en être atteints.
Les nouvelles recommandations européennes visent donc à améliorer la précision diagnostique et à adapter la prise en charge en fonction du niveau de gravité, afin de limiter les complications et optimiser le pronostic des patients.

