Prégabaline et risque d’insuffisance cardiaque chez les seniors : une alerte clinique

Un traitement largement prescrit contre la douleur chronique, la prégabaline, pourrait augmenter le risque d’insuffisance cardiaque (IC) chez les personnes âgées, en particulier celles ayant déjà une maladie cardiovasculaire (MCV). C’est ce que révèle une vaste étude publiée le 1er août dans JAMA Network Open.

L’analyse a porté sur 246 237 bénéficiaires de Medicare, suivis entre 2014 et 2018, âgés de 65 à 89 ans et souffrant de douleurs chroniques non cancéreuses. Parmi eux, 18 622 étaient de nouveaux utilisateurs de prégabaline et 227 615 de gabapentine. Aucun n’avait d’antécédent d’insuffisance cardiaque au départ.

Résultat :

  • Le risque global d’IC était 48 % plus élevé avec la prégabaline qu’avec la gabapentine.
  • Chez les patients avec antécédents de MCV, l’augmentation atteignait 85 %.
  • En pratique, cela équivaut à six cas supplémentaires d’IC par an pour 1 000 patients traités par prégabaline.

Selon les chercheurs, dirigés par le Dr Elizabeth Park (Université Columbia, New York), la prégabaline possède une affinité plus forte que la gabapentine pour la sous-unité α2δ des canaux calciques. Cette action pourrait favoriser la rétention de sodium et d’eau, entraînant un déséquilibre cardiovasculaire.

L’Agence européenne des médicaments recommande déjà la prudence chez les patients âgés présentant des pathologies cardiaques. L’American Heart Association cite également la prégabaline — mais pas la gabapentine — comme médicament pouvant induire ou aggraver une IC.

Fait notable : aucune différence de mortalité toutes causes confondues n’a été observée entre les deux groupes, mais un risque accru d’IC en consultation ambulatoire a été relevé.

Dans un commentaire associé, le Dr Robert Zhang (Weill Cornell Medicine, New York) et le Dr Edo Birati (Tzafon Medical Center, Israël) soulignent que ces données sont « cliniquement pertinentes et immédiatement applicables ». Ils recommandent aux praticiens de peser attentivement le rapport bénéfice/risque de la prégabaline chez les patients âgés, en particulier ceux souffrant de maladies cardiovasculaires, déjà exposés à la polymédication.

L’étude suggère aussi que l’apparition d’une IC sous prégabaline pourrait révéler une maladie cardiovasculaire sous-jacente jusque-là silencieuse, justifiant une évaluation cardiaque préalable avant prescription.

Ce travail rappelle que tous les gabapentinoïdes ne présentent pas le même profil de sécurité. Face à la montée en puissance de leur utilisation dans la douleur chronique des seniors, la vigilance reste essentielle pour prévenir des effets indésirables graves mais évitables.