Ramadan et spondylarthrite ankylosante : des résultats prometteurs!

Une équipe tunisienne relance le débat sur l’impact du jeûne du Ramadan chez les patients atteints de spondylarthrite ankylosante (SpA). Présentés lors du congrès 2025 de la Société Française de Rhumatologie et publiés dans la Revue du Rhumatisme, leurs travaux suggèrent une amélioration mesurable de l’activité de la maladie au cours du mois sacré. Des résultats encourageants, mais qui appellent à la prudence.


Ramadan et rhumatismes inflammatoires : un intérêt croissant

Le recours à des ajustements alimentaires, y compris le jeûne, est fréquent chez les personnes vivant avec un rhumatisme inflammatoire chronique. Pourtant, les recommandations françaises publiées en 2023 restent réservées : faute de preuves solides, le jeûne — continu ou intermittent — n’est pas proposé comme stratégie thérapeutique pour contrôler l’activité de ces maladies.

Quelques petites études avaient déjà laissé entrevoir un possible bénéfice du jeûne du Ramadan (29 à 30 jours) sur certains marqueurs inflammatoires, notamment dans la polyarthrite rhumatoïde. Mais les données restaient limitées.


Une étude en conditions réelles

Les chercheurs de l’Institut Mohamed Kassab d’orthopédie (Tunisie) ont suivi 40 patients atteints de SpA ayant observé le Ramadan 2025. L’âge moyen était d’environ 48 ans, avec une ancienneté de maladie proche de 7 ans.

Le protocole était simple :

  • Première évaluation : 3 à 4 mois avant le Ramadan.
  • Seconde évaluation : pendant le mois de jeûne, après au moins 10 jours d’abstinence diurne (sans alimentation, boisson ni tabac du lever au coucher du soleil).

Chaque patient servait ainsi de son propre comparateur.

Côté traitements :

  • 62,5 % prenaient des anti-inflammatoires non stéroïdiens,
  • 35 % recevaient un traitement de fond synthétique conventionnel,
  • 20 % étaient sous biothérapie.

Des indicateurs en amélioration

Comparativement aux données recueillies avant le Ramadan, l’évaluation réalisée pendant le jeûne montre :

  • Une diminution de la durée moyenne de la raideur matinale
  • Moins de réveils nocturnes liés à la douleur
  • Une baisse significative de la vitesse de sédimentation
  • Une réduction de la CRP

L’activité de la maladie, mesurée selon les critères ASAS 2009 et le score ASDAS, s’est également améliorée, surtout chez les patients dont l’activité était initialement modérée.

Les auteurs estiment que le jeûne intermittent pourrait représenter une piste nutritionnelle intéressante pour optimiser le contrôle de la SpA, en complément des traitements habituels.


Des conclusions à manier avec précaution

Malgré ces signaux positifs, plusieurs limites doivent être soulignées :

  • Effectif restreint (40 patients seulement)
  • Durée courte d’observation
  • Absence de suivi à long terme

D’autres travaux ont déjà montré que certains bénéfices métaboliques du jeûne intermittent tendent à s’atténuer avec le temps. Il reste donc à déterminer si l’amélioration observée est durable et reproductible à plus grande échelle.


En pratique

À ce stade, le jeûne ne peut pas être considéré comme une stratégie thérapeutique validée dans la spondylarthrite ankylosante. Les spécialistes rappellent qu’aucun patient ne devrait modifier son alimentation ou pratiquer un jeûne prolongé sans en discuter avec son médecin traitant ou son rhumatologue.

Le Ramadan pourrait-il devenir un modèle d’étude pour mieux comprendre l’impact du rythme alimentaire sur l’inflammation chronique ? La question mérite d’être explorée — avec rigueur scientifique.