Le pityriasis versicolor
« pityriasis versicolor sur le thorax »
De quoi s’agit-il ?
Il s’agit d’une mycose superficielle bénigne, universelle, très fréquente, parfois gênante. En règle générale, facilement accessible au traitement quoique récidivante. Elle atteint majoritairement les adolescents et les jeunes adultes des deux sexes.
En raison de son affinité pour les lipides, elle prédomine sur les régions les plus riches en glandes sébacées :
- cuir chevelu ;
- joues ;
- poitrine ;
- dos.
Elle est absente au niveau des muqueuses et des ongles.
Épidémiologie
Le pityriasis versicolor est une mycose cosmopolite parmi les plus fréquentes. Son incidence est variable d’un pays à l’autre, essentiellement en fonction des données climatiques.
Il se développe surtout dans les régions tropicales et subtropicales. Dans les climats tempérés, il est plus fréquent durant la période estivale.
Comment se manifeste-t-elle ?
C’est une infection secondaire de Malassezia spp (qui fait partie de la flore normale), en particulier M. furfur, passant de la forme filamenteuse à la forme hyphale.
Elle se manifeste par :
- des macules ;
- des taches ;
- des plaques multiples finement squameuses ;
- ovales à rondes ;
- brunes (hyperpigmentées) ;
- claires (hypopigmentées) ;
- ou rosées.
Les lésions sont généralement asymptomatiques.
Après un certain temps, elles deviennent achromiques et particulièrement inesthétiques. Il existe souvent une coalescence centrale des lésions avec dispersion périphérique.
Les squames peuvent être discrètes mais deviennent plus évidentes après un grattage doux ou un étirement de la peau.
Localisations préférentielles
L’atteinte siège préférentiellement dans les zones cutanées les plus riches en glandes sébacées :
- cuir chevelu ;
- tronc ;
- racine des membres ;
- région sous-mammaire.
Elle peut également toucher certaines cavités naturelles :
- oreilles ;
- narines.
Dans les zones tropicales, le pityriasis versicolor peut aussi se développer sur :
- les bras ;
- le cou ;
- le visage ;
- l’abdomen ;
- les cuisses.
Chez l’enfant, l’atteinte est plus fréquente que chez l’adulte.
En été, le bronzage accentue les formes hypopigmentées.
Les facteurs favorisants
- Une séborrhée (peau grasse) : Malassezia est une levure lipophile ;
- l’application de crèmes grasses ;
- une transpiration abondante ;
- le port de vêtements synthétiques serrés ;
- un hypercorticisme associé à un syndrome de Cushing ;
- la grossesse ;
- la prise de corticoïdes ;
- certains facteurs génétiques prédisposants.
Comment se réalise le diagnostic ?
Le diagnostic est clinique dans l’immense majorité des cas.
Le recours aux examens complémentaires est réservé aux rares cas difficiles.
Ces examens comprennent :
- l’examen en lumière de Wood ;
- l’examen mycologique.
L’examen en lumière de Wood
Cet examen est réalisé à l’aide d’une lampe spéciale émettant des ultraviolets de grande longueur d’onde (360 nm) dans l’obscurité absolue.
Il permet de mettre en évidence une fluorescence jaune-vert pâle, plus ou moins brillante, caractéristique de la synthèse de porphyrines par les levures.
Les lésions infracliniques sont souvent révélées grâce à cet examen.
L’examen mycologique
Dans la majorité des cas, il repose sur un examen direct après prélèvement :
Par scotch-test
Un adhésif transparent est appliqué sur la peau puis observé au microscope.
Par raclage des squames
Le grattage à la curette détache facilement des squames épaisses et molles : c’est le signe du « copeau ».
Les squames sont ensuite colorées au bleu de méthylène à 2 % avant observation microscopique.
Diagnostic biologique
Le genre Malassezia regroupe des levures lipophiles de petite taille (3 à 9 µm), rondes, ovales ou cylindriques.
Ces levures :
- sont lipodépendantes ;
- possèdent une uréase positive ;
- sont résistantes à l’Actidione.
Diagnostic différentiel
Le pityriasis versicolor peut être confondu avec :
- une hypopigmentation post-inflammatoire ;
- une hypomélanose maculeuse idiopathique ;
- une papillomatose confluente et réticulée de Gougerot et Carteaud ;
- un vitiligo ;
- des eczématides.
Comment traiter ?
Le pityriasis versicolor ne guérit pas spontanément.
Le traitement repose sur l’utilisation d’antifongiques actifs sur Malassezia furfur afin de diminuer sa densité sur la peau et rétablir un équilibre normal.
Dans la grande majorité des cas, un traitement local suffit. Celui-ci doit être appliqué sur l’ensemble du revêtement cutané et des cheveux.
Les antifongiques utilisés
Le traitement fait appel à des antifongiques :
- imidazolés (notamment le kétoconazole) ;
- ciclopiroxolamine.
Ils sont utilisés sous des formes adaptées aux grandes surfaces :
- lotion ;
- spray ;
- gel moussant.
On conseille une application large sur le thorax et le cou.
La durée du traitement dépend de la spécialité choisie.
Une présentation unidose de kétoconazole moussant est particulièrement adaptée : une seule application peut parfois suffire, éventuellement répétée après quelques semaines.
Les antifongiques actuels sont très efficaces et faciles d’emploi.
Formes récidivantes
Dans les formes étendues et récidivantes, un traitement antifongique oral peut être nécessaire.
Le résultat est généralement rapide et favorable, mais le risque de rechute reste important, souvent dès le quatrième mois.
Le pityriasis versicolor est en effet extrêmement récidivant, surtout lorsque reviennent les saisons chaudes et humides.
Après traitement, l’hypopigmentation peut persister plusieurs mois avant la repigmentation.
Malgré un traitement bien conduit :
- 50 à 60 % des patients rechutent la première année ;
- jusqu’à 80 % la deuxième année.
Ces récidives peuvent être liées :
- à une mauvaise observance ;
- ou à la persistance des facteurs favorisants.
Que faire pour prévenir les récidives ?
Pour limiter les récidives, un traitement d’entretien peut être proposé :
- application d’un imidazolé topique sur les anciennes zones atteintes ;
- traitement quotidien pendant deux semaines avant l’exposition solaire ;
- utilisation d’un shampooing antimycosique 1 à 2 fois par mois dans les climats tempérés.
Aucune autre mesure particulière n’est nécessaire.
Il est inutile de désinfecter les vêtements : une lessive normale suffit.
