Acouphènes chroniques : la HAS publie ses premières recommandations pour une prise en charge personnalisée

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La Haute Autorité de santé (HAS) a publié, en juin 2026, ses premières recommandations de bonnes pratiques consacrées aux acouphènes chroniques invalidants chez l’adulte. Ces recommandations proposent un parcours de soins structuré, centré sur l’évaluation de la sévérité des symptômes, le repérage des situations d’urgence et une prise en charge pluridisciplinaire adaptée à chaque patient.

Un problème de santé fréquent et souvent sous-estimé

Les acouphènes touchent une part importante de la population. Selon des estimations européennes, près de 65 millions d’adultes en souffrent, dont environ 26 millions présentent une gêne importante et 4 millions une forme sévère.

En France, le baromètre Ifop – Journée Nationale de l’Audition (JNA) 2024 indique que 44 % des Français ont déjà souffert d’acouphènes au cours de leur vie. Parmi eux, 13 % rapportent des symptômes permanents, tandis qu’environ un tiers les jugent gênants ou très gênants.

Les conséquences sur la qualité de vie sont majeures : difficultés d’audition et de compréhension, troubles du sommeil, anxiété, baisse de concentration et retentissement sur les activités quotidiennes.

Une évaluation initiale indispensable

La HAS insiste sur la nécessité d’une évaluation clinique complète reposant sur :

  • une anamnèse détaillée (ancienneté, circonstances d’apparition, facteurs déclenchants ou aggravants) ;
  • un examen clinique avec otoscopie ;
  • une évaluation fonctionnelle de l’audition ;
  • des examens complémentaires si le contexte le justifie.

Les recommandations distinguent les acouphènes persistants, présents depuis au moins six mois, des acouphènes invalidants, lorsqu’ils altèrent significativement la qualité de vie ou l’état de santé du patient.

Mesurer la sévérité grâce à des outils validés

Pour objectiver le retentissement des acouphènes, la HAS recommande l’utilisation du Tinnitus Handicap Inventory (THI), questionnaire de référence permettant d’évaluer leur impact sur la vie quotidienne.

Un score compris entre 38 et 56 correspond à une gêne modérée, tandis qu’un score supérieur ou égal à 58 traduit une atteinte sévère nécessitant une prise en charge renforcée.

D’autres questionnaires peuvent compléter cette évaluation afin d’apprécier les répercussions sur le sommeil, l’humeur, l’anxiété ou la qualité de vie.

Identifier rapidement les situations d’urgence

Certaines formes d’acouphènes nécessitent une orientation rapide vers un spécialiste.

La HAS recommande une vigilance particulière devant :

  • un acouphène pulsatile d’apparition brutale ;
  • une aggravation rapide des symptômes ;
  • des acouphènes associés à des signes neurologiques ;
  • des céphalées inhabituelles ;
  • toute suspicion de pathologie ORL, vasculaire ou neurovasculaire.

Ces situations imposent des examens complémentaires et une prise en charge spécialisée sans délai.

Une approche pluridisciplinaire privilégiée

Les recommandations rappellent que les acouphènes ne sont pas uniquement un symptôme auditif. Ils s’accompagnent fréquemment de troubles anxieux, dépressifs, de troubles du sommeil ou de difficultés cognitives qui participent eux-mêmes à leur persistance.

L’évaluation psychologique fait donc partie intégrante de la prise en charge initiale.

Lorsque l’origine semble comporter une composante somatosensorielle (dysfonction de l’articulation temporo-mandibulaire, troubles cervicaux, occlusion dentaire…), le patient peut également être orienté vers un dentiste, un occlusodontiste, un stomatologue, un rhumatologue ou un kinésithérapeute spécialisé.

Informer le patient : un élément essentiel du traitement

La HAS souligne que l’information constitue la première étape de la prise en charge.

Le patient doit comprendre :

  • les mécanismes des acouphènes ;
  • leur évolution souvent chronique ;
  • les principes d’habituation ;
  • les mesures de protection contre les expositions sonores excessives, sans pour autant rechercher un silence permanent.

Cette démarche permet également de lutter contre les nombreuses idées reçues qui entretiennent l’anxiété et majorent la perception des symptômes.

Plusieurs traitements peuvent être associés

La prise en charge repose sur une stratégie individualisée combinant plusieurs approches selon le profil du patient.

Appareillage auditif

En présence d’une perte auditive, un appareillage est recommandé. Dans certaines situations particulières, notamment en cas de surdité unilatérale ou asymétrique associée à un acouphène invalidant, un implant cochléaire peut être envisagé.

Thérapies comportementales et cognitives

Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) occupent une place centrale dans les recommandations. Elles associent notamment psychoéducation, restructuration cognitive, thérapies d’acceptation et d’engagement ou encore méditation de pleine conscience.

Ces approches permettent de diminuer la gêne ressentie et d’améliorer durablement la qualité de vie.

Thérapies sonores

Les thérapies sonores peuvent également être proposées afin de réduire la perception des acouphènes, notamment dans les environnements silencieux où ceux-ci deviennent plus perceptibles.

Prise en charge des troubles associés

Lorsque les acouphènes s’accompagnent d’insomnie, d’anxiété ou de dépression, ces troubles doivent être pris en charge spécifiquement dans le cadre d’une stratégie globale.

Prévenir les lésions auditives reste une priorité

Les recommandations rappellent enfin l’importance de la prévention, notamment en milieu professionnel.
Les personnes exposées régulièrement au bruit doivent bénéficier de mesures de protection adaptées et, si nécessaire, d’un accompagnement par la médecine du travail.
Par ailleurs, plusieurs études soulignent que la perte auditive constitue l’un des principaux facteurs associés à des acouphènes sévères. Elles insistent également sur la nécessité de mieux sensibiliser le public aux effets irréversibles des traumatismes sonores et de certains médicaments potentiellement ototoxiques.