Toux chronique réfractaire : 62 % des patients ont en réalité une cause traitable
Une étude menée à la Mayo Clinic montre qu’une majorité des patients adressés pour une toux chronique considérée comme réfractaire présentent en réalité une cause identifiable et potentiellement traitable.
La toux chronique dite « réfractaire » serait-elle parfois trop rapidement qualifiée comme telle ? C’est ce que suggèrent les résultats d’une étude prospective menée à la Mayo Clinic, aux États-Unis.
Parmi 56 patients initialement considérés comme présentant une toux chronique réfractaire (TCR), 35, soit 62 %, avaient en réalité une cause identifiable nécessitant une prise en charge spécifique. Seuls 21 patients (37 %)présentaient finalement une toux chronique inexpliquée (TCI) après une évaluation approfondie.
Ces résultats soulignent l’importance de réévaluer le diagnostic et les causes potentielles avant de conclure au caractère véritablement réfractaire d’une toux chronique.
Cette étude observationnelle prospective monocentrique a été conduite à la clinique spécialisée de la toux chronique de la Mayo Clinic, à Rochester (Minnesota), entre octobre 2020 et avril 2021.
Sur 278 patients dépistés, 100 adultes présentant une toux évoluant depuis plus de huit semaines ont initialement été inclus. Après révision des dossiers médicaux, 86 patients répondaient aux critères d’inclusion.
Parmi eux, 56 étaient initialement considérés comme atteints d’une toux chronique réfractaire, définie comme une toux persistante malgré la prise en charge des causes identifiées.
Les patients ont ensuite été suivis pendant trois mois afin d’évaluer l’évolution de leurs symptômes et leur réponse aux investigations et aux traitements.
Les chercheurs ont utilisé plusieurs outils diagnostiques afin de rechercher une cause potentiellement méconnue.
Les explorations comprenaient notamment :
- des explorations fonctionnelles respiratoires avec test de provocation à la méthacholine, réalisées chez 25 % des patients ;
- la mesure du FeNO (fraction d’oxyde nitrique expiré) chez 93 % des patients ;
- une tomodensitométrie thoracique chez 14 % ;
- une rhinoscopie chez 27 % ;
- un œsophagogramme au baryum chez 14 %.
L’objectif était notamment d’identifier des causes telles que l’asthme à toux variante, la bronchite éosinophilique, le reflux gastro-œsophagien (RGO) ou encore le syndrome de toux lié aux voies aériennes supérieures (STVAS).
Dans 6 cas sur 10, une cause était finalement retrouvée
L’analyse des 56 patients initialement classés comme ayant une toux chronique réfractaire a conduit à une révision importante du diagnostic.
35 patients (62 %) présentaient finalement une toux chronique avec une étiologie identifiée, tandis que 21 (37 %) avaient une toux chronique inexpliquée.
Autrement dit, près de deux patients sur trois considérés comme « réfractaires » avaient en réalité une cause identifiable et susceptible d’être prise en charge.
Cette observation constitue le principal enseignement de l’étude : avant de retenir le diagnostic de toux chronique inexpliquée, une nouvelle évaluation diagnostique peut permettre de mettre en évidence une cause passée inaperçue.
Les patients chez lesquels une cause étiologique a finalement été identifiée ont connu une amélioration significative de leurs symptômes.
Le score de Punum Ladder, utilisé pour évaluer la sévérité de la toux, est passé d’une médiane de 4,5 à 2 entre l’évaluation initiale et le suivi à trois mois (p = 0,001).
La sévérité globale de la toux a également diminué, avec un score médian passant de 6 à 3 (p = 0,003).
À l’inverse, chez les patients présentant une toux chronique inexpliquée, l’amélioration du score de Punum Ladder n’était pas statistiquement significative : de 6 à 3,5 (p = 0,08).
Le bénéfice d’une prise en charge étiologique était également visible sur le plan clinique.
Parmi les patients pour lesquels les données étaient disponibles, 65 % de ceux présentant une toux avec une cause identifiée ont rapporté une résolution ou une amélioration importante de leur toux, contre seulement 28 % des patients présentant une toux inexpliquée (p = 0,017).
Les scores du Leicester Cough Questionnaire (LCQ) se sont, quant à eux, améliorés significativement dans les deux groupes.
Ces résultats suggèrent donc qu’une recherche approfondie d’une cause sous-jacente peut modifier la prise en charge d’un nombre important de patients initialement considérés comme réfractaires.
La prise en charge thérapeutique des patients reposait notamment sur des traitements utilisés dans la toux chronique réfractaire ou les hypersensibilités de la toux.
Les traitements rapportés comprenaient notamment :
- l’amitriptyline chez 19 % des patients ;
- la duloxétine chez 16 % ;
- la gabapentine chez 5 % ;
- la prégabaline chez 5 %.
Une anesthésie topique par tétracaïne a également été utilisée chez 36 % des patients.
Des patients ont par ailleurs été orientés vers une prise en charge orthophonique. Aucun narcotique, notamment la morphine, n’a été prescrit dans cette cohorte.
Pour les auteurs, ces résultats montrent que la toux chronique réfractaire nécessite une réévaluation diagnostique approfondie, associée à des essais thérapeutiques adaptés, avant de retenir le diagnostic de toux chronique inexpliquée.
Cette distinction est importante en pratique : une toux persistante malgré un premier traitement ne signifie pas nécessairement qu’elle est dépourvue de cause identifiable.
L’asthme à toux variante, la bronchite éosinophilique, le reflux gastro-œsophagien ou les troubles des voies aériennes supérieures peuvent notamment nécessiter des investigations ou des stratégies thérapeutiques spécifiques.
À retenir
Chez des patients adressés dans un centre spécialisé pour une toux chronique considérée comme réfractaire, l’évaluation approfondie a permis d’identifier une cause potentiellement traitable dans 62 % des cas.
Ces données plaident pour une approche diagnostique rigoureuse avant de conclure à une toux chronique inexpliquée, notamment lorsque les symptômes persistent malgré une première prise en charge.
Référence
Ahmad SR et al. Mayo Clinic Proceedings: Innovations, Quality & Outcomes. 2026;10(2):100707.
doi:10.1016/j.mayocpiqo.2026.100707.
Article rédigé avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle dans le cadre du processus éditorial. Le contenu a été relu et vérifié par l’équipe rédactionnelle.
