Boissons sucrées : une consommation quotidienne associée à un risque accru de cancer de l’estomac
Une étude publiée en 2026 dans la revue Gastro Hep Advances met en évidence une association entre la consommation régulière de boissons sucrées et une incidence plus élevée du cancer gastrique. Les résultats relancent les interrogations sur les conséquences sanitaires de la consommation de sodas et autres boissons riches en sucres ajoutés. Au Maroc, où le cancer de l’estomac reste une cause importante de mortalité par cancer, ces données méritent une attention particulière.
Boissons sucrées : un risque de cancer gastrique multiplié par 2,45 dans l’étude
Des chercheurs ont analysé les données de deux grandes cohortes américaines : la Nurses’ Health Study et la Health Professionals Follow-up Study. Au total, l’analyse a porté sur 112 284 participants, dont 68 311 femmes et 42 973 hommes.
Publiée le 17 août 2026 dans la revue Gastro Hep Advances, cette étude prospective a recensé 278 cas de cancer gastrique au cours de plus de 3,2 millions d’années-personnes de suivi. Les chercheurs ont notamment étudié la consommation de boissons sucrées telles que les sodas classiques, les boissons aux fruits additionnées de sucre, les limonades et les boissons énergétiques ou pour sportifs.
Le résultat principal est particulièrement marquant : les personnes consommant au moins une portion quotidienne de boisson sucrée présentaient une incidence de cancer gastrique estimée à 2,45 fois celle observée chez les personnes qui en consommaient rarement ou jamais. L’association était retrouvée chez les deux sexes. Chez les femmes, le rapport de risque atteignait 3,04 pour les consommatrices de plus d’une portion quotidienne. Chez les hommes, il était de 1,99.
En revanche, les boissons édulcorées artificiellement et pauvres en calories n’étaient pas associées à une augmentation significative de l’incidence du cancer gastrique dans cette analyse. Ces résultats constituent un signal scientifique important, mais ils doivent être interprétés avec prudence.
Pourquoi les boissons sucrées pourraient-elles favoriser le cancer ?
Les mécanismes biologiques susceptibles d’expliquer cette association ne sont pas encore clairement établis. Les chercheurs évoquent plusieurs hypothèses, notamment les conséquences métaboliques d’une consommation excessive de sucres ajoutés : prise de poids, résistance à l’insuline, perturbations hormonales et inflammation chronique. Des modifications du microbiote intestinal et d’éventuels dommages cellulaires pourraient également intervenir.
Il s’agit toutefois de mécanismes proposés, qui n’ont pas été directement démontrés par cette étude. Par ailleurs, les auteurs soulignent plusieurs limites à leurs travaux. Les informations relatives à l’infection par Helicobacter pylori, à la localisation précise des tumeurs et aux antécédents familiaux de cancer gastrique étaient incomplètes. La population étudiée était également constituée majoritairement de personnes blanches issues de professions de santé aux États-Unis.
Il n’est donc pas possible de transposer directement ces résultats à la population marocaine.
Cancer de l’estomac au Maroc : plus de 1 400 nouveaux cas estimés en 2024
Au Maroc, le cancer gastrique représente un enjeu de santé publique qui mérite une attention particulière.
Selon les estimations de l’Observatoire mondial du cancer (GLOBOCAN 2024), le Royaume aurait enregistré environ 1 440 nouveaux cas de cancer de l’estomac en 2024, ainsi que 1 151 décès liés à cette maladie.
Le cancer gastrique se classe au neuvième rang des cancers les plus fréquents au Maroc, mais au cinquième rang des causes de mortalité par cancer. Ces données rappellent l’importance de la prévention et de la prise en charge des principaux facteurs de risque.
Parmi eux figure notamment l’infection chronique par Helicobacter pylori, une bactérie reconnue comme l’un des principaux facteurs responsables du cancer de l’estomac. Le tabagisme, l’alimentation riche en sel et la consommation fréquente de certains aliments conservés ou fumés sont également associés à une augmentation du risque.
La consommation de boissons sucrées : un enjeu de prévention au Maroc
La consommation de boissons sucrées constitue également un sujet de préoccupation nutritionnelle. Les données de l’enquête scolaire GSHS 2023 menée à Fès, accessibles sur la plateforme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), montrent que 65,7 % des 4 050 réponses exploitables rapportaient une consommation d’au moins une boisson sucrée non gazeuse au cours des sept jours précédant l’enquête.
Cette donnée doit cependant être interprétée avec précaution : elle concerne un échantillon scolaire local et ne constitue pas une estimation représentative de l’ensemble de la population marocaine. Les boissons gazeuses faisaient par ailleurs l’objet d’une question distincte.
Sur le plan réglementaire, le Maroc a déjà mis en place une fiscalité spécifique sur les boissons non alcoolisées, avec des taux différenciés selon leur teneur en sucre. Cette approche a été relevée par l’OMS dans son analyse des politiques fiscales appliquées aux boissons sucrées dans la région de la Méditerranée orientale.
L’enjeu reste toutefois de renforcer les actions de sensibilisation et de favoriser une réduction durable de la consommation de sucres ajoutés.
Comment réduire les risques ?
Même si le lien entre boissons sucrées et cancer gastrique doit encore être confirmé par d’autres travaux, limiter leur consommation constitue une mesure de prévention nutritionnelle pertinente. Plusieurs habitudes peuvent être encouragées :
- Privilégier l’eau comme principale boisson au quotidien.
- Réduire la consommation de sodas, boissons énergétiques et autres produits contenant des sucres ajoutés.
- Privilégier les fruits entiers plutôt que les boissons sucrées.
- Limiter les aliments très salés, fumés ou fortement transformés.
- Éviter le tabagisme et consulter un professionnel de santé en cas de suspicion d’infection à Helicobacter pyloriou de symptômes digestifs persistants.
Une nouvelle raison de limiter les boissons sucrées
Cette étude apporte un nouvel élément au débat sur les conséquences sanitaires de la consommation régulière de boissons sucrées. Elle suggère qu’au-delà des risques métaboliques déjà connus, leur consommation pourrait également être associée au développement du cancer gastrique.
Elle ne permet cependant pas d’établir un lien de causalité, ni de quantifier le risque pour la population marocaine.
Des études complémentaires, notamment dans des populations d’Afrique du Nord, seront nécessaires pour mieux comprendre cette relation. Dans l’intervalle, la réduction des boissons riches en sucres ajoutés demeure une mesure de prévention simple et pertinente.
Références
- Gweon T.-G. et al. (2026). Association Between Sugar-Sweetened and Artificially Sweetened Beverage Intake and Gastric Cancer Incidence. Gastro Hep Advances. Lire l’étude.
- International Agency for Research on Cancer (IARC). GLOBOCAN 2024 – Morocco. Consulter les données.
- Organisation mondiale de la santé. Global School-Based Student Health Survey 2023 – Fès, Maroc. Consulter les données.
- OMS, Bureau régional de la Méditerranée orientale (2024). Situation analysis of sugar-sweetened beverages taxation in Eastern Mediterranean Region. Lire l’article.
