Additifs alimentaires : une étude géante alerte sur des risques accrus de cancer, diabète et hypertension

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Pendant longtemps, les additifs alimentaires ont surtout été évalués en laboratoire, à travers des tests sur cellules ou animaux. Mais qu’en est-il de leurs effets réels chez l’être humain, après des années d’exposition quotidienne ?
Une vaste série d’études françaises vient apporter des éléments de réponse particulièrement préoccupants.

Menés sur plus de 100 000 participants suivis pendant plusieurs années, ces travaux scientifiques mettent en évidence des associations entre certains additifs alimentaires couramment utilisés et plusieurs maladies chroniques majeures : cancers, diabète de type 2 et hypertension artérielle.

Les résultats ont été publiés simultanément dans trois grandes revues médicales internationales.

Une recherche d’ampleur inédite

Ces études reposent sur les données de la cohorte française NutriNet-Santé, l’une des plus importantes bases de données mondiales consacrées à la nutrition et à la santé publique.

Sous la direction de la chercheuse Mathilde Touvier, de l’INSERM, les scientifiques ont analysé l’exposition réelle des consommateurs aux additifs présents dans les aliments ultra-transformés : boissons industrielles, desserts, sauces, céréales, plats préparés ou encore produits laitiers transformés.

L’objectif était clair : évaluer l’impact à long terme de ces substances sur la santé humaine.

Des colorants associés à un risque accru de cancer

La première étude, publiée dans l’European Journal of Epidemiology, révèle qu’une forte consommation de colorants alimentaires est liée à une augmentation du risque de cancer.

Selon les chercheurs :

  • le risque global de cancer augmente de 14 % chez les plus grands consommateurs ;
  • le risque de cancer du sein progresse de 21 % ;
  • après la ménopause, cette hausse atteint 32 %.

Parmi les additifs les plus concernés figurent :

  • le bêta-carotène (E160a), associé à une hausse de 16 % du risque global de cancer et de 41 % du risque de cancer du sein ;
  • le caramel ordinaire (E150a), lié à une augmentation de 15 % du risque global.

Diabète de type 2 : des résultats tout aussi inquiétants

Une seconde étude, publiée dans la revue Diabetes Care, s’est intéressée au diabète de type 2.

Les chercheurs ont observé que les personnes les plus exposées aux colorants alimentaires présentaient un risque supérieur de 38 % par rapport aux consommateurs les moins exposés.

Certains additifs ressortent particulièrement :

  • curcumine (E100) : +49 % ;
  • caramel ordinaire E150a : +46 % ;
  • bêta-carotène E160a : +44 % ;
  • anthocyanes E163 : +40 % ;
  • caroténoïdes E160 : +39 %.

Ces résultats interrogent sur l’innocuité de substances pourtant largement utilisées dans l’industrie agroalimentaire.

Conservateurs : un lien avec l’hypertension

La troisième étude, publiée dans l’European Heart Journal, s’est concentrée sur les conservateurs alimentaires.

Les conclusions montrent que les plus grands consommateurs présentent :

  • un risque d’hypertension artérielle supérieur de 24 %.

Parmi les additifs les plus associés à cette augmentation :

  • le sorbate de potassium (E202) : +39 % ;
  • l’acide citrique (E330) : +25 %.

Les chercheurs signalent également une association entre l’acide ascorbique (E300) et une hausse de 15 % du risque cardiovasculaire.

Au Maroc, une réglementation encore insuffisamment appliquée ?

Au Maroc, les additifs alimentaires sont encadrés par une réglementation mise à jour en 2022 via un arrêté conjoint des ministères de l’Agriculture et de la Santé.

Sur le papier, une liste précise d’additifs autorisés et de doses maximales existe. Mais dans la pratique, plusieurs spécialistes estiment que le contrôle et l’information du consommateur restent insuffisants.

Le débat avait notamment émergé autour de certains fromages industriels commercialisés sur le marché marocain, accusés de contenir de nombreux additifs et ingrédients ultra-transformés.

Plusieurs experts réclament aujourd’hui :

  • une réévaluation régulière des additifs autorisés ;
  • une meilleure transparence sur les étiquettes ;
  • une prise en compte des effets cumulés de plusieurs additifs consommés quotidiennement.

Les populations vulnérables — enfants, femmes enceintes, personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques — sont particulièrement concernées.

Faut-il éviter tous les additifs ?

Les chercheurs appellent surtout à appliquer un principe de précaution.

En attendant de nouvelles évaluations sanitaires, les recommandations restent simples :

  • limiter les aliments ultra-transformés ;
  • privilégier les produits bruts ou peu transformés ;
  • apprendre à lire les étiquettes alimentaires.

Pour rappel :

  • E100 à E199 : colorants ;
  • E200 à E299 : conservateurs ;
  • E300 à E399 : antioxydants et agents conservateurs.

Des codes souvent discrets sur les emballages, mais qui pourraient avoir davantage d’impact sur notre santé qu’on ne le pensait jusqu’ici.