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Une étude récente relance un débat important en cardiologie : les patients ayant survécu à un infarctus du myocarde doivent-ils poursuivre indéfiniment leur traitement par bêtabloquants ?

Les résultats de l’essai clinique SMART-DECISION, présentés lors du congrès de l’American College of Cardiology2026 et publiés dans le prestigieux The New England Journal of Medicine, suggèrent que l’arrêt de ces médicaments pourrait être envisagé chez certains patients bien sélectionnés.

Une étude randomisée inédite
Mené en Corée du Sud sous la direction du cardiologue Joo Yong Hahn (Samsung Medical Center, Séoul), l’essai SMART-DECISION est le premier essai randomisé à évaluer directement la sécurité de l’arrêt des bêtabloquants après un infarctus.
L’étude a inclus 2 540 patients :

  • âge moyen : 63 ans
  • ayant présenté un infarctus du myocarde
  • traités par bêtabloquants depuis au moins un an
  • avec une fonction cardiaque préservée (fraction d’éjection ≥ 40 %)
  • sans insuffisance cardiaque ni fibrillation auriculaire

Le suivi médian depuis l’infarctus était d’environ 4,7 ans, ce qui correspond à une population stable en pratique clinique.

Arrêt vs poursuite : aucun sur-risque observé

Les patients ont été répartis en deux groupes :

  • poursuite du traitement
  • arrêt des bêtabloquants

Après 4 ans de suivi, les résultats montrent :

  • 9 % d’événements (décès, nouvel infarctus ou hospitalisation pour insuffisance cardiaque) dans le groupe poursuite
  • 7,2 % dans le groupe arrêt

L’analyse statistique conclut à une non-infériorité de l’arrêt du traitement. Autrement dit, chez ces patients stables, arrêter les bêtabloquants ne semble pas augmenter le risque cardiovasculaire.
Les critères secondaires (récidive d’infarctus, mortalité cardiovasculaire, fibrillation auriculaire) étaient également comparables entre les deux groupes.

Des résultats à nuancer chez certains profils

Une analyse exploratoire a suggéré un signal différent chez les femmes :

  • 17,1 % d’événements en cas d’arrêt
  • 10 % en cas de poursuite

Cependant, les femmes représentaient une minorité de l’étude, ce qui empêche toute conclusion définitive.

Les auteurs insistent : ces résultats doivent être interprétés avec prudence et nécessitent confirmation.

Des limites importantes

Malgré son intérêt, l’étude présente plusieurs limites : elle ne précise pas le moment optimal pour arrêter le traitement, elle ne concerne pas les patients à haut risque ou en phase précoce post-infarctus et elle exclut les patients avec insuffisance cardiaque ou troubles du rythme. 
Les conclusions ne sont donc applicables qu’à une population bien sélectionnée.

Que disent les autres études ?

Les résultats de SMART-DECISION contrastent partiellement avec l’essai ABYSS trial, qui suggérait un léger avantage à poursuivre les bêtabloquants, même si la mortalité et les récidives d’infarctus étaient similaires entre les groupes.

Pour clarifier ces divergences, une méta-analyse des données individuelles est en cours, combinant SMART-DECISION et ABYSS.

Vers un changement de pratique ?

Pour l’instant, les experts restent prudents. Le Dr Hahn souligne qu’il s’agit du premier essai randomisé sur le sujet et que des données supplémentaires sont nécessaires.

En pratique, aucun changement immédiat des recommandations n’est attendu.

Ce qu’il faut retenir

  • Les bêtabloquants restent essentiels après un infarctus en phase initiale
  • Chez les patients stables, sans insuffisance cardiaque, leur arrêt pourrait être envisagé
  • Toute décision doit rester individualisée et médicale

Références scientifiques

  • Hahn JY et al. SMART-DECISION Trial, publié dans The New England Journal of Medicine, 2026
  • Présentation officielle au congrès de l’American College of Cardiology 2026
  • Essai ABYSS trial (publication antérieure)