Climat et santé : le Lancet Countdown 2026 réclame la reconnaissance d’une urgence sanitaire mondiale
Dix ans après l’accord de Paris, le rapport annuel du Lancet Countdown dresse un constat sévère : les effets du changement climatique sur la santé progressent plus vite que les réponses mises en place. Chaleur meurtrière, sécheresses, pertes économiques : 146 chercheurs demandent à l’OMS de traiter le climat comme une urgence sanitaire.
Une décennie de dégradation accélérée
Publiée le 27 octobre dans The Lancet, la dixième édition de ce rapport de référence est le fruit du travail de 146 chercheurs issus de plus de 100 institutions, sous la coordination de l’University College London et avec l’appui de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle suit 54 indicateurs reliant climat et santé, dont quatre nouveaux.
Le message central est sans ambiguïté : sur la période 2016-2025, de nombreux risques sanitaires liés au climat ont augmenté plus rapidement qu’au cours de la décennie précédente. Pour Marina Romanello, directrice exécutive du Lancet Countdown, il s’agit d’un « changement d’échelle » qui doit être reconnu comme une urgence sanitaire mondiale.
La chaleur, premier facteur de mortalité climatique
Entre 2016 et 2023, la chaleur a été associée en moyenne à environ 540 800 décès par an dans le monde. Les auteurs en attribuent 68 % au réchauffement d’origine humaine, contre 55 % dix ans plus tôt. L’année 2023, la plus chaude de la période, a atteint un record d’environ 710 000 décès liés à la chaleur, un bilan supérieur à celui du paludisme ou du VIH selon les chercheurs.
Les personnes âgées, les malades chroniques, les femmes enceintes et les travailleurs en extérieur sont les plus exposés. La chaleur aggrave notamment les pathologies cardiovasculaires, respiratoires et rénales.
Le rapport chiffre aussi le coût économique : en 2025, la baisse de capacité de travail due à la chaleur a fait perdre environ 1 070 milliards de dollars de revenus potentiels, soit 0,91 % du PIB mondial. L’Afrique est l’une des régions les plus touchées, avec des pertes estimées à 3,2 % de son PIB, concentrées pour l’essentiel dans l’agriculture.
Sécheresses et pluies extrêmes : un enjeu direct pour le Maroc
En 2025, plus de la moitié des terres émergées (51,8 %) ont connu au moins un mois de sécheresse extrême, le deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré. Dans le même temps, la part des terres frappées par des pluies très intenses est passée de 14,8 % à 17,2 %. Ces extrêmes hydrologiques menacent les récoltes, l’approvisionnement alimentaire et l’assainissement, et favorisent les maladies d’origine hydrique.
Pour un pays comme le Maroc, confronté depuis plusieurs années au stress hydrique et à des épisodes de chaleur intense, ces tendances concernent directement la santé publique : surmortalité estivale, sécurité alimentaire et qualité de l’eau.
Des progrès réels, mais insuffisants
Le rapport relève aussi des avancées. Les investissements mondiaux dans les énergies propres ont atteint un record de 2 100 milliards de dollars en 2025. La baisse de la pollution de l’air liée aux combustibles fossiles permettrait d’éviter environ 323 000 décès par an dans au moins 77 pays. Par ailleurs, 56 États membres de l’OMS disposent désormais d’un plan national d’adaptation sanitaire au climat, contre 14 en 2015.
Mais les énergies fossiles fournissent toujours plus de 80 % de l’énergie mondiale. Quant aux besoins des pays en développement pour adapter leurs systèmes de santé, estimés à au moins 3,3 milliards de dollars par an, seul un tiers environ était couvert par les engagements de 2024.
Les auteurs demandent à l’OMS de se doter d’un instrument dédié pour coordonner une réponse mondiale, et aux gouvernements de placer la santé au cœur de leurs politiques climatiques. De son côté, l’OMS rappelle que « l’action climatique est une intervention de santé », selon le Dr Diarmid Campbell-Lendrum. Le sujet sera au menu du pavillon santé de la COP31, du 9 au 20 novembre.
