Cancer : l’OMS prévoit près de 35 millions de cas par an d’ici 2050 — où en est le Maroc ?
Publié le 26 juillet 2026 — ActuSanté.ma
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié le 8 juillet 2026 son Rapport mondial de situation sur le cancer, un document coproduit avec le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) qui dresse un constat sans détour : sans action urgente, le nombre de nouveaux cas de cancer pourrait passer de 20,6 millions aujourd’hui à près de 35 millions par an d’ici 2050. Au Maroc, où le ministère de la Santé et de la Protection sociale vient tout juste de dresser le bilan à mi-parcours de son Plan national de prévention et de contrôle du cancer 2020-2029, la question n’a rien de théorique : plus de 47 900 nouveaux cas sont déjà recensés chaque année dans le Royaume.
Un rapport mondial qui sonne l’alarme
Selon l’OMS, le cancer provoque aujourd’hui plus de 26 000 décès par jour dans le monde, soit près de 10 millions de morts par an. Il reste la deuxième cause de mortalité à l’échelle mondiale, juste derrière les maladies cardiovasculaires. Le rapport souligne qu’environ 92 % de la population mondiale sera un jour confrontée au cancer, que ce soit directement ou à travers un proche.
« La survie d’une personne atteinte de cancer ne devrait jamais dépendre du lieu de naissance ou des revenus », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, en présentant le rapport.
Des inégalités d’accès qui restent criantes
Le document met en évidence un fossé persistant entre pays riches et pays à revenu faible ou intermédiaire :
Pour le cancer du sein, le taux de survie à cinq ans atteint 87 % dans les pays à revenu élevé, contre seulement 42 % dans les pays à revenu faible. La prise en charge du cancer ne fait partie de la couverture sanitaire universelle que dans moins d’un pays sur trois. Quant aux 20 médicaments anticancéreux jugés prioritaires par l’OMS, leur disponibilité varie de 9 % à 54 % dans les pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur, contre 68 % à 94 % dans les pays à revenu élevé.
Le poids de la prévention : environ quatre cancers sur dix sont évitables
Autre enseignement du rapport : près de 40 % des cas de cancer dans le monde sont liés à des facteurs de risque évitables — infections comme le papillomavirus humain (HPV) ou Helicobacter pylori, hépatites B et C, tabac, alcool, surpoids et sédentarité. La consommation de tabac a reculé de 27 % depuis 2010, ce qui a contribué à faire baisser l’incidence du cancer du poumon dans certaines régions. L’engagement politique progresse également : 82 % des pays disposent aujourd’hui d’un plan national de lutte contre le cancer, contre 50 % en 2010.
Le Maroc face à la même équation
Ce que disent les derniers chiffres (Globocan 2024, CIRC/OMS)
Selon les estimations Globocan 2024 du CIRC, relayées mi-juillet par le ministère de la Santé, le Maroc a enregistré 47 944 nouveaux cas de cancer en 2024 : 21 255 chez les hommes et 26 689 chez les femmes. Le nombre de décès est estimé à 26 459, et 113 000 personnes vivaient avec un diagnostic de cancer posé au cours des cinq années précédentes. Le risque de développer un cancer avant 75 ans est de 12 % en moyenne (11,3 % chez les hommes, 12,6 % chez les femmes).
Cancer du sein et cancer du poumon en tête de liste
Chez les femmes, le cancer du sein domine largement avec 10 410 nouveaux cas, soit 39 % des cancers diagnostiqués, loin devant le cancer de la thyroïde (2 704 cas), du col de l’utérus (2 228 cas), colorectal (2 015 cas) et de l’ovaire (1 029 cas).
Chez les hommes, le cancer du poumon reste le plus fréquent avec 5 326 nouveaux cas, devant la prostate (3 533 cas, 16,6 %) et le côlon-rectum (2 025 cas, 9,5 %).
En matière de mortalité, le cancer du poumon est la première cause de décès par cancer au Maroc (5 763 morts, 21,8 % des décès liés au cancer), suivi du cancer du sein (3 918 décès), colorectal (2 068 décès), de la prostate (1 348 décès) et de l’estomac (1 151 décès).
Où en est le Plan national de prévention et de contrôle du cancer 2020-2029 ?
Le 15 juillet 2026, le comité de pilotage du Plan national de prévention et de contrôle du cancer s’est réuni à Rabat sous la présidence du ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, pour dresser le bilan à mi-parcours du plan décennal et fixer les priorités pour la période 2027-2029.
Bilan à mi-parcours : des progrès réels, des défis qui persistent
Le ministre a indiqué que les centres publics d’oncologie assurent aujourd’hui le suivi de plus de 110 000 patients par an, dont près de 24 000 nouveaux cas. Le Maroc compte désormais 59 centres de référence de santé reproductive dédiés à la détection précoce des cancers du sein et du col de l’utérus, et des unités mobiles de mammographie sillonnent les régions les plus enclavées.
Sur le plan budgétaire, le ministère consacre environ 200 millions de dirhams par an à l’acquisition de médicaments anticancéreux, y compris les molécules innovantes, pour l’ensemble des centres d’oncologie du Royaume. Le comité de pilotage a toutefois pointé plusieurs chantiers encore ouverts : l’augmentation de la couverture vaccinale contre le HPV, le renforcement de la prévention des cancers liés aux risques professionnels et environnementaux, et l’amélioration du parcours de diagnostic selon les standards internationaux.
Les priorités retenues pour 2027-2029
Le comité de pilotage a validé une feuille de route articulée autour de six axes : renforcement de la gouvernance du Plan national, accélération des programmes de prévention, accès plus équitable aux services de diagnostic et de traitement, renforcement des ressources humaines et des équipements, poursuite de la transformation numérique des services de santé, et accompagnement du déploiement des groupements sanitaires territoriaux (GST).
Ce que cela signifie pour les patients et les professionnels de santé au Maroc
Pour les professionnels de santé, notamment les pharmaciens en officine, ces chiffres confirment un rôle de première ligne dans la prévention : orientation vers le dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus, sensibilisation à la vaccination contre le HPV — encore insuffisamment couverte selon le ministère — et accompagnement des patients dans l’observance des traitements anticancéreux, dont l’accès reste inégal selon les régions.
Pour les patients et le grand public, le message de l’OMS comme celui du ministère converge : un diagnostic précoce change radicalement le pronostic, en particulier pour les cancers du sein et du col de l’utérus, pour lesquels des programmes de dépistage existent déjà au Maroc, y compris via des unités mobiles dans les zones rurales.
