VIH : la FDA ouvre la voie à un lénacapavir générique à 40 dollars par an pour les pays du Sud

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L’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) a accordé le 2 novembre une autorisation provisoire au premier générique du lénacapavir, une injection préventive contre le VIH administrée deux fois par an. Fabriqué par l’indien Dr. Reddy’s, il sera proposé à environ 40 dollars par personne et par an dans 120 pays à revenus faibles ou intermédiaires.

Une injection tous les six mois pour prévenir l’infection

Le lénacapavir appartient à une nouvelle classe d’antirétroviraux, les inhibiteurs de capside : il bloque l’enveloppe protéique qui protège le matériel génétique du virus et perturbe plusieurs étapes de sa réplication. Utilisé en prophylaxie pré-exposition (PrEP, un traitement pris par des personnes séronégatives pour éviter de contracter le virus), il s’administre par injection sous-cutanée une fois tous les six mois.

Commercialisé par Gilead Sciences sous le nom de Yeztugo, il a été approuvé aux États-Unis en juin 2025. Les essais cliniques ont montré une protection quasi complète contre l’infection. Son principal atout est d’éviter la contrainte d’un comprimé quotidien, dont l’oubli réduit fortement l’efficacité. « Si vous ne le prenez pas, vous ne pouvez pas être protégé », résume Carmen Pérez Casas, d’Unitaid, à propos de la PrEP orale, citée par l’Associated Press.

Un générique 16 mois après le princeps

L’autorisation porte la mention « provisoire » (tentative approval), désignation habituelle de la FDA pour un générique tant que le médicament d’origine reste protégé par un brevet. Ce générique ne pourra donc pas être vendu aux États-Unis. Ce feu vert permet en revanche aux programmes financés par le gouvernement américain de l’acheter, et il sert souvent de référence pour les autorités de santé d’autres pays.

Le délai est inédit. Pour les anciens antirétroviraux, les versions génériques avaient mis près d’une décennie à atteindre les pays pauvres. Cette fois, 16 mois seulement séparent l’approbation du princeps de celle du premier générique. Fin 2024, Gilead avait accordé des licences volontaires sans redevance à six fabricants de génériques, dont Dr. Reddy’s, couvrant 120 pays. Le prix de 40 dollars par an avait été négocié en septembre 2025 avec Unitaid, la Clinton Health Access Initiative (CHAI) et l’institut sud-africain Wits RHI, qui ont soutenu le développement. À titre de comparaison, le prix catalogue du Yeztugo dépasse 28 000 dollars par an aux États-Unis.

Selon Unitaid et la CHAI, les premières livraisons sont attendues d’ici la fin 2026, avec une disponibilité plus large en 2027. Plus de 125 000 personnes ont déjà commencé le lénacapavir de Gilead dans dix pays africains pionniers.

Un enjeu mondial, des questions d’accès

L’OMS recense quelque 41 millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde. Les associations estiment qu’environ 20 millions de personnes auraient besoin d’une PrEP. Pour la CHAI, le générique pourrait rendre l’injection accessible à des millions de personnes supplémentaires. « Le travail n’est pas terminé », nuance toutefois Carolyn Amole, de la CHAI, citée par l’AP.

Le périmètre des licences reste en effet débattu. Médecins sans frontières (MSF) a souligné que plusieurs pays à revenu intermédiaire en sont exclus, notamment en Amérique latine et en Afrique du Nord, comme l’Algérie. Le Maroc ne figure pas dans la liste des exclusions publiée par l’ONG. Mais une mise à disposition dans le Royaume supposerait un enregistrement auprès de l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS) et une intégration dans le programme national de lutte contre le sida, qui propose déjà la PrEP orale.

Ce que cela change

Pour les professionnels de santé, l’arrivée d’une option injectable à bas coût pourrait améliorer l’observance chez les personnes qui peinent à suivre un traitement quotidien. Elle impose aussi d’organiser le dépistage préalable et le suivi des injections. Pour le grand public, la PrEP ne remplace pas le préservatif contre les autres infections sexuellement transmissibles. Toute personne intéressée par la prévention du VIH peut s’adresser à un médecin ou à un centre de dépistage.

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