Diphtérie : 25 cas suspects dans le Nord, le Maroc face au retour d’une maladie oubliée

1ABAF1F8-5EB0-4209-9A6F-90FFD728BB62

Après la mort de trois enfants en quelques jours à Salé et à Larache, la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima recense 25 cas suspects de diphtérie répartis sur sept provinces. Absente des déclarations pendant plus de trente ans, cette infection évitable par la vaccination remet sous les projecteurs les poches de sous-vaccination du pays.

Un foyer qui s’étend à sept provinces
Selon des chiffres officiels relayés le 29 octobre par Hespress, la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima compte 25 cas suspects de diphtérie. Larache est la province la plus touchée, avec huit cas suspects dont deux confirmés en laboratoire. Suivent Tétouan (cinq cas, dont deux confirmés), Tanger-Assilah et M’diq-Fnideq (quatre cas chacune), puis Chefchaouen, Fahs-Anjra et Ouezzane. Au total, cinq infections sont confirmées et quatorze patients sont déjà guéris. Plusieurs prélèvements restent en cours d’analyse.

Ce bilan intervient après une semaine éprouvante. Le 27 octobre, un garçon de 12 ans originaire de Ksar El Kebir est mort à l’hôpital provincial Lalla Meryem de Larache, après plusieurs jours en réanimation. D’après Hespress, il n’était pas vacciné contre la diphtérie. Le même jour, la presse rapportait le décès de deux enfants d’une même famille dans le quartier Sidi Abdellah, à Salé. Plus de 40 personnes ayant été en contact direct avec eux ont été identifiées et prises en charge, selon La Nouvelle Tribune.

Ces épisodes font suite à deux foyers familiaux détectés fin septembre dans la région Souss-Massa, à Agadir Ida-Outanane et Chtouka-Aït Baha. Les enfants concernés étaient non vaccinés ou n’avaient pas reçu toutes leurs doses.

Une maladie grave, mais évitable
La diphtérie est une infection bactérienne due à Corynebacterium diphtheriae. Certaines souches produisent une toxine responsable des formes graves. La bactérie se transmet par les gouttelettes respiratoires et par contact rapproché, après une incubation de deux à cinq jours.

Les premiers signes ressemblent à une angine banale : mal de gorge, fièvre, fatigue, ganglions du cou gonflés. Le signe le plus évocateur est une fausse membrane grisâtre et adhérente au fond de la gorge, qui peut gêner la respiration. La toxine peut aussi atteindre le cœur (myocardite) et les nerfs. La létalité se situe généralement entre 5 et 10 %, et peut approcher 20 % chez les très jeunes enfants, rappelait Le Matin fin septembre. Le traitement repose sur l’hospitalisation, l’isolement, l’antitoxine diphtérique et les antibiotiques.

Le Maroc ne déclarait plus de cas depuis le début des années 1990. Le calendrier national prévoit pourtant une protection précoce : trois doses à 2, 3 et 4 mois, puis des rappels à 18 mois et à 5 ans.

Des poches de sous-vaccination en cause
La couverture vaccinale nationale serait d’environ 96 %, selon des estimations internationales citées par Le Matin. Mais cette moyenne peut masquer des zones où des enfants ont échappé à la vaccination ou n’ont pas reçu leurs rappels. Or l’immunité conférée par le vaccin diminue avec le temps sans rappel. Le ministère de la Santé avait déjà alerté sur la résurgence mondiale de la maladie, liée au recul de la couverture vaccinale et à la désinformation.

Sur le terrain, les équipes sanitaires appliquent le protocole classique : recherche et suivi des contacts, prélèvements, isolement, traitement, vaccination de rattrapage et dépistage dans les foyers et les écoles. Les associations de parents d’élèves réclament une meilleure coordination entre santé et éducation, un suivi renforcé en milieu scolaire et une communication officielle régulière.

Sources :